Historique

Des pionniers courageux

Il faut attendre l’année 1827 pour voir apparaître les premiers regroupements de travailleurs. Ces derniers ont pris naissance parmi les métiers de cordonnier et d’imprimeur de la ville de Québec. Peu après, durant la période 1830-1840, le mouvement syndical se renforce par la création d’organisations locales de métiers notamment chez les charpentiers, les peintres et les tailleurs de pierres.

Dès 1834, on assiste à la première tentative de regroupement de plusieurs syndicats. Cette tentative (Union des métiers de Montréal) ne dura qu’un an. Ces premières unions de métiers étaient certes fortement influencées par le régime syndical britannique. Cette situation, pour l’époque, n’était que normale, étant donné que le Canada était une colonie britannique et qu’en Angleterre le mouvement syndical connaissait un essor considérable à cause du développement hâtif du capitalisme industriel. Cependant, l’influence britannique s’estompa rapidement face à la poussée du syndicalisme américain.

Vers les années 1860, grâce au chemin de fer et à l’importation de la main-d’œuvre spécialisée en provenance particulièrement des États-Unis, le Québec assiste à un bon nombre d’affiliations aux unions américaines. Dans cette deuxième partie du 19e siècle, ce sont les unions américaines qui rencontrèrent le plus d’enthousiasme de la part des travailleurs québécois. L’argument des structures syndicales solides semble être le point déterminant de cette sympathie envers le modèle américain qui contrastait avec l’isolement des structures canadiennes de l’époque. Plus tard, certaines industries, telles que les chemins de fer, consolidèrent la position des unions locales au sein de structures nationales et amorcèrent ainsi la centralisation des structures syndicales québécoises et canadiennes. La recrudescence économique des années 1880 favorise beaucoup le développement des organisations syndicales. Au Canada, plus de 100 nouvelles unités locales canadiennes vinrent s’ajouter, de ce nombre, 19 se trouvaient au Québec. Cette époque vit aussi la renaissance des conseils locaux des métiers et du travail. Les principaux furent celui de Toronto en 1881, London en 1883, Montréal en 1886 et Québec en 1889.

Cette émergence de conseils locaux favorisa en 1883 la naissance du « Canadian Labour Congress » constitué d’organismes ontariens seulement. Plus tard, en 1886, après la convocation du conseil de Toronto, le congrès forma le Conseil général des métiers et du travail du Canada, nom qui fut remplacé en 1892 pour celui de « Congrès des métiers et du travail du Canada » (C.M.T.C.).

Pendant ce temps naissait aux États-Unis, en 1886, la puissante Fédération américaine du travail (F.A.T.). À cause de la volonté d’organisation et de domination qui animait la F.A.T., le Québec assiste vers 1890, à un maraudage systématique des effectifs syndicaux de la province à l’intérieur du C.M.T.C.

L’Association Unie voit le jour en 1889, le Local 144 sera fondé en 1898

Le 11 octobre 1889, à Washington, D.C., Monsieur Patrick J. Quinlan (premier président du U.A.) déclarait : « Les aspirations de notre association seront de construire une organisation qui devra défendre les intérêts de tous nos membres et être un monument digne des unions ainsi affiliées », par ces paroles était adoptée la Constitution de l’Association unie des compagnons et apprentis de l’industrie de la plomberie et de l’ajustage de la tuyauterie des États-Unis et du Canada. Cette nouvelle association s’affiliait à la puissante fédération américaine du travail.

Au Québec, dans les années suivantes, un certain Monsieur Andy Hall tentait dans l’ombre d’organiser une association de tuyauteurs et soudeurs en tuyauterie qui avait un engouement tout particulier pour le modèle américain. En effet, l’attrait des structures syndicales solides semblait être le point déterminant de cette sympathie envers l’union américaine qui contrastait avec l’isolement des structures canadiennes de cette époque. Cette démarche de Monsieur Hall se faisait dans l’illégalité, car au Canada à cette époque, le fait de se réunir dans le but de faire de l’organisation collective était considéré comme étant un acte illégal et constituait une violation au sens du Code criminel. Après de nombreuses rencontres de comité de formation favorable à l’organisation de tuyauteurs et soudeurs en tuyauterie, Monsieur Hall et son groupe déposaient à Washington une demande de charte afin de s’affilier à l’Association unie des compagnons et apprentis de l’industrie de la plomberie et de l’ajustage de la tuyauterie des États-Unis et du Canada. Suite à cette demande, Washington se prononça en faveur et octroya au Comité de Monsieur Hall (comité de formation de tuyauteurs et soudeurs en tuyauterie) une charte entrant en vigueur le 22 septembre 1898 et portant le nom d’Association unie – Local 144. Quelle consécration pour nos pionniers qui durent travailler pendant de nombreuses années à l’obtention de cette charte, le Local 144 nomma son premier représentant syndical, un dénommé Billy Hudson. Dès lors débute une longue ascension qui sera marquée par plus de 100 ans d’histoire.

Dès 1902, les unions internationales furent suffisamment fortes à l’intérieur du C.M.T.C. qu’elles en firent expulser les Chevaliers du travail. La raison fondamentale de cette expulsion reposait sur les juridictions de métier, car l’idéologie des propagandistes du syndicalisme international d’époque, reposait essentiellement sur le monopole et l’exclusivité de juridiction : « un seul syndicat par métier ».La poussée des unions internationales au début du siècle rencontra plusieurs obstacles, principalement celle du clergé québécois qui amorça une action systématique dans le but de promouvoir la conscientisation de l’élite ouvrière québécoise envers la question des syndicats catholiques. L’interventionnisme du clergé québécois donna naissance en 1921 à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (C.T.C.C.) qui sera dotée d’une étiquette de syndicat peu combatif, d’ailleurs selon les statistiques du ministère du Travail de l’époque, sur les 507 grèves recensées, 498 impliquaient les syndicats internationaux et 9 impliquaient des syndicats catholiques.

Les années d’Après-guerre amèneront une restructuration du monde syndical

Après la Deuxième Guerre mondiale, les syndicats internationaux continuèrent à s’impliquer dans des conflits très spectaculaires comme ceux de Dominion Textile à Valleyfield et d’Ayers, à Lachute en 1947.

Les années 1950 seront marquées par la fusion de grandes centrales syndicales, les unions internationales refaisaient leur unité organique, la fusion des deux grandes centrales américaines en décembre 1955, donna naissance à un organisme unique, la F.A.T.C.O.I. Au Canada, la réunification des organisations parentes se produisit en 1956 alors qu’un congrès conjoint du C.M.T.C. et du C.C.T. donna naissance au nouveau Congrès du travail du Canada C.T.C.

Au Québec, le nouveau Congrès du travail du Canada C.T.C. entraîna la création de la Fédération des travailleurs du Québec F.T.Q. et la Confédération des travailleurs catholiques du Canada acheva sa déconfessionnalisation en changeant son nom pour celui de Confédération des syndicats nationaux C.S.N.

Dès les années 60, le Local 144 acquiert sa renommée

Les années 1960 seront déterminantes pour l’Association Unie – Local 144 et plus souvent qu’à son tour, elle fera la manchette des journaux. En 1963, après des élections, le Local 144 se dote du premier gérant d’affaires de son histoire, à savoir Monsieur André Desjardins (le roi de la construction). Il faut comprendre qu’à cette époque le secteur de la construction est assujetti à la Loi des décrets de convention collective puis au Code du travail. On constate plusieurs différences marquées à l’intérieur des 15 décrets régionaux et à cela, il faut ajouter le système d’accréditation par chantier, donc signature d’une convention collective avec une association reconnue détenant un monopole syndical. Les années 1967 marquent l’émergence de grands chantiers de construction sur la Côte-Nord. Le système des relations de travail de l’époque avait comme conséquence de freiner la mobilité de la main-d’œuvre, ainsi que de brimer la liberté syndicale. C’est dans ce contexte qu’au cours de l’été 1968, on assiste à des batailles entre des membres de la F.T.Q. et des membres de la C.S.N. pour travailler dans des chantiers importants sur la Côte-Nord.

C’est dans ce climat que le 18 décembre 1968, le secteur de la construction se dote d’une loi autonome à savoir la Loi sur les relations de travail dans l’industrie de la construction, dont les principales caractéristiques consistaient à rendre l’adhésion syndicale obligatoire et étendre toutes les clauses de la convention collective à l’ensemble de l’industrie de la construction.

La recrudescence de nouveaux membres des années 1970 favorisa de beaucoup le développement d’un militantisme des plus remarquables au Local 144, ce qui en fera le syndicat le plus revendicateur de l’industrie de la construction. En 1974, après le saccage de la Baie James, le gouvernement du Québec crée la Commission d’enquête sur l’exercice de la liberté syndicale dans l’industrie de la construction au Québec (Commission Cliche).

Des années difficiles viennent freiner le développement du Local 144

En 1975, même si la Commission Cliche n’a pas été capable de prouver quoi que ce soit sur ou contre le Local 144 et sur ou contre les officiers du Local 144, on a quand même mis en application, en mai 1975, certaines recommandations, dont celle de la mise en tutelle du Local 144. L’histoire nous révèle cependant que le militantisme incroyable ainsi que la force syndicale que représentait le Local 144 dans les années 1970 ont amené le gouvernement de l’époque à briser cette force par la mise en tutelle du Local 144.

C’est donc en 1975, par la Loi sur la mise en tutelle, que le gouvernement mettait officiellement le Local 144 en tutelle, tutelle qui devait se terminer au plus tard le 22 mai 1978. Cependant, en 1977, le gouvernement adoptait une nouvelle loi qui déterminait qu’il n’existait plus de date fixe indiquant la fin de la tutelle au Local 144.

Les années 1975 à 1986 seront pour le Local 144 les années les plus difficiles et les plus sombres de son histoire. À cause de la volonté du gouvernement et des représentants de la tutelle qui se donneront tous les pouvoirs afin de réduire au maximum le militantisme des membres du Local 144, de numéro un qu’il était en 1970, le Local 144 deviendra un syndicat sans vie, non revendicateur et sans représentation structurée. Il faudra attendre l’année 1986 afin d’assister à la renaissance du Local 144.

Après une longue traversée, le Local 144 renaît en 1986

Avril 1986, une élection a lieu au Local 144. Gérard Cyr et son équipe seront élus à sa direction, mais toujours en présence d’une tutelle et sans date fixe prévue pour la levée de la tutelle. La nouvelle équipe syndicale ne se sentait pas à l’aise et libre de ses mouvements au sein du regroupement de la tutelle, elle devra travailler d’arrache-pied jusqu’en décembre 1986, avant de pouvoir offrir et au grand soulagement de tous ses membres, une levée officielle et définitive de la tutelle du Local 144.

En janvier 1987 débute alors la reconstruction du Local 144, un vrai travail de bâtisseur sera nécessaire afin de faire renaître ce militantisme si extraordinaire qui avait marqué son histoire.

Dès l’automne 1987, une première grande mission se présente à l’équipe: le rapatriement des membres qui ont quitté le Local 144 durant l’ère de la tutelle. Le vote d’adhésion de 1987 devenait des plus importants afin de définir la continuité ou non du Local 144. L’histoire démontre que ce vote d’adhésion fut l’étape la plus importante dans la phase de reconstruction qui débutait au Local 144, qui avait besoin d’un retour des plus significatifs des ex-membres. Le résultat du vote d’adhésion de 1987 révélait que plus de 1200 ex-membres sont revenus au Local 144.

Après le succès du vote d’adhésion de 1987, plusieurs pensaient que le Local 144 avait repris sa place de grand syndicat revendicateur, mais une autre grande mission attendait cette section locale, à savoir son financement. En 1986, le Local 144 était pratiquement en faillite et il devenait important de démontrer auprès des institutions financières une certaine stabilité administrative. Le retour en force d’une administration très serrée a fait que dès 1990, le Local 144 une situation financière saine et enviable qui lui permet de remplir son rôle auprès de ses membres. C’est dans cette optique que le 15 décembre 1991, le Local 144 se dotait de nouveaux locaux et en devenait propriétaire.

Les votes d’adhésion depuis 1992 jusqu'à celui de juin 2012 ne feront que confirmer que le Local 144 a bien repris sa place de syndicat des plus représentatifs comme le démontrent les chiffres avec un pourcentage de plus de 90 % du taux de représentativité des tuyauteurs et soudeurs en tuyauterie.

Un chef de file dans l’industrie de la construction

À compter de 1986, le Local 144 peu à peu le rôle de chef de file qu’il a joué pendant longtemps dans l’industrie de la construction. Les officiers ont compris très tôt que le développement du Local 144 devait se faire non pas contre leurs autres confrères de l’industrie de la construction, mais avec eux. C’est pour cette raison que le Local 144 a joué au cours des ans un rôle de premier plan sur toutes les instances qui se préoccupent de l’industrie de la construction au Québec.

Conseil d’administration et autres comités de la CCQ, Comité de direction du Conseil provincial (International), Comité de promotion de la santé, Comités de gestion des écoles de métiers, Sous-comités professionnels, Comités de négociations des conventions collectives,…, bref toutes les opportunités sont saisies par le Local 144 afin de permettre aux tuyauteurs et soudeurs en tuyauterie de participer aux décisions qui les affecteront sur les chantiers. Le Local 144 s’implique également de plus en plus au sein de l’Association Unie – AU, son association internationale afin d’améliorer la mobilité de ses membres sur les chantiers syndiqués situés un peu partout au Canada.

Cette implication est sans nul doute l’une des clés du succès du Local 144. Les officiers ne ménagent ni leur temps, ni leurs talents pour leur section locale. Cet esprit anime aussi les membres du Local 144 qui ont la même passion que leurs officiers. Les délégués de chantier, les militants, les organisateurs du Local 144 ont ce souci d’être en pro-action plutôt que de subir les événements.

Au fil des générations qui s’y sont succédée, le Local 144 a été tous les dossiers importants. Il a été l’un de ceux qui ont participé à la restructuration et à la renaissance du Conseil provincial (International) à la suite de la dissolution du Conseil conjoint en décembre 2005. Il a été aussi l’un des maîtres d’œuvre des dernières rondes de négociations des conventions collectives. Il a également travaillé fort pour la création d’une Alliance syndicale qui a donné un nouveau ton aux pourparlers lors du renouvellement des conventions collectives.

Une source d’inspiration pour toute l’industrie

Le Local 144 s’est aussi distingué par son implication au niveau des avantages sociaux. À ce chapitre, il est probablement celui qui a le plus influencé le développement d’un régime d’assurances et de retraite pour assurer la sécurité financière des tuyauteurs et des soudeurs en tuyauterie, mais aussi celle de tous les travailleurs de la construction et leur famille.

En 1996, il participait très activement à une refonte du régime d’assurances afin que les travailleurs puissent obtenir une protection selon le nombre d’heures travaillées sur les chantiers. Plus un travailleur enregistre des heures, meilleure est sa protection d’assurances. En mai 1997, il crée un régime supplémentaire d’assurances pour les tuyauteurs et les soudeurs en tuyauterie (sauf ceux du secteur résidentiel). Ce régime procure des bénéfices additionnels aux travailleurs qui exercent ces deux métiers. Aujourd’hui, c’est l’un des meilleurs régimes d’assurances offerts dans l’industrie. En 1998, il réclame la création d’une carte afin que les travailleurs puissent acheter leurs médicaments sans avoir à en payer la totalité. Ce fut l’instauration de la Carte Médic-Construction. Depuis, ce mode de paiement a été étendu au paiement des soins dentaires et de la chambre d’hôpital en cas d’hospitalisation. En 2004, il sera celui qui contribuera à établir un plan de redressement pour le régime de retraite aux prises avec un déficit de 1,2 milliard $ tout en préservant les acquis des travailleurs. Plus récemment, il participait à la mise en place de nouvelles mesures permettant la retraite progressive. Bref, il a été de toutes les réformes.

Le Local 144 : toujours une force en action

Le Local 144 continue sur cette lancée. Il contribue d’une manière importante au Conseil provincial (International). Création d’une charte de solidarité entre les affiliées, participation aux conseils consultatifs régionaux, instauration d’un code d’éthique pour les représentants depuis 2006, bref le Local 144 est étroitement associé à toutes les démarches qui visent à mieux représenter les tuyauteurs et les soudeurs en tuyauterie, mais aussi l’ensemble des travailleuses et travailleurs de la construction.

Notre défi actuel

Au sein de nos rangs, l’entrée massive de nouveaux travailleurs dans nos métiers et dans l’industrie en général ainsi que l’arrivée des baby-boomers à la retraite a amené le Local 144 à mettre en place certaines mesures afin d’assurer une transition en douceur. Depuis quelques temps, les plus âgés transmettent graduellement le flambeau aux plus jeunes. La relève doit prendre sa place tout en conservant celle à ceux qui ont bâti le Local 144.

Depuis 2013, plusieurs jeunes représentants et un nouveau gérant d’affaires, Sylvain Morissette, ont pris la relève. Une nouvelle équipe a été constituée et travaille fort pour avoir une pratique syndicale où transparence, éthique et participation sont valorisés.

Dernières nouvelles

Liens utiles

Calendrier
Une force en action depuis plus de 100 ans